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Eugène à Napoléon,
Milan le 19 janvier 1809
" Sire, j'ai reçu la lettre de Sa Majesté, de Valladolid, du 7 janvier, par
laquelle elle veut bien me faire connaître ses intentions pour son armée d'Italie.
" Je puis assurer à Sa Majesté que son armée d'Italie sera aussi en état que
possible au 1er avril. Le meilleur esprit l'anime; elle ne désire que l'occasion
de témoigner à Votre Majesté son amour et son dévouement. Les divisions vont
se reformer. Au fur et à mesure qu'il y a des hommes habillés je les envoie,
mais aux dépôts des armées de Naples et de Dalmatie. C'est le manque de drap
qui retarde jusqu'à ce moment les conscrits. J'ai cependant l'espérance que
sous peu, les dépôts recevront le nécessaire à cet égard. J'ai réécrit au ministre
de la guerre, et les ordres sont donnés aux dépôts qui sont en France d'envoyer
aux 4es bataillons tous les hommes disponibles. II en arrive encore par suite
de ce premier ordre; mais les mesures que le ministre m'a dit avoir prises pour
l'habillement mettront les dépôts à même de diriger sur les 4es bataillons tous
les conscrits qui s'y trouvent en ce moment, jusque et y compris 1809. Le seul
retard proviendra donc du manque de drap. Le général Marmont a dû recevoir du
ministère de la guerre l'ordre de renvoyer en Italie les cadres du 3e bataillon.
Cependant, comme il se pourrait que les dépêches du ministre aient été perdues,
lorsque les courriers ont été dévalisés en Croatie, j'écris au général Marmont,
conformément aux intentions de Votre Majesté, afin qu'il renvoie sans délai
les cadres de ces 3es bataillons. Je lui écris également pour renouveler le
chiffre que nous avions ensemble, et dont je n'avais pas fait usage depuis quelque
temp.
" Je lui ferai connaître les dispositions qu'il doit pendre en cas d'événement,
afin qu'il soit en me sure. Les compagnies d'artillerie dont Votre Majesté a
fait le relevé existent bien mais il n'y a que celles-là en Italie, et il serait
cependant nécessaire qu'il en restât dans les places fortes et de dépôt, comme
Venise, Mantoue, Ancône, Palma, etc. ; etc. Il y en a en Dalmatie beaucoup plus
que de besoin : on pourrait en faire venir. Votre Majesté a compté ses quatre
bataillons du train complets, dans la 27e division militaire. J'ai J'honneur
de lui faire observer qu'il n'existe que trois bataillons faibles, dont un fait
le service sur le Pô, c'est celui revenu, en dernier lieu, de l'armée de Naples,
et qui a grand besoin de se refaire. Votre Majesté compte également par aperçu
sur 5 000 chevaux; mais ils n'existent pas. Votre Majesté en a le compte, très-détaillé,
que je lui ai adressé avec le projet d'équipage pour l'armée d'Italie. Ce projet
laissait voir un manque de 2 000 chevaux. En réduisant à 3 000 chevaux nécessaires,
il faudrait qu "elle eût la bonté d'ordonner un achat de 1 000 chevaux. Il y
en a 1 500 actuellement, y compris 700 qui viennent d'être livrés par suite
du marché de 1 300 chevaux, passé en octobre dernier, et le reste ne sera fourni
que d'ici le 1er mars. Votre Majesté reconnaîtra sans doute la nécessité de
prendre de suite des mesures afin de pouvoir compter sur 5 000 chevaux au mois
d'avril. Votre Majesté désire une seconde division italienne;
en réunissant tout ce qu'il est possible, je pourrais présente à Votre Majesté
une division italienne de 12 000 hommes, y compris infanterie, cavalerie, artillerie;
et la garde, 3 000 hommes, total : 15 000 hommes italiens. Mais j'aurai fait
flèche de tout bois, et il ne restera rien pour la place de Mantoue, Venise,
Legnagno, Ancône, où cependant il est nécessaire d'avoir garnison.
"J'ai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté qu'ayant reçu du ministre de
la marine de l'empire des dépêches pour M le commodore Sultanoff, à Trieste,
contenant les dispositions par suite des ordres de Sa Majesté, je les ai fait
porter au commodore par un officier auquel j'ai ordonné d'attendre à Trieste
la réponse à ces dépêches, ou le résultat des dispositions qu'aurait prises
M. de Sultanoff, afin que, de mon côté, je puisse prendre les mesures nécessaires
pour Ancône ou Pola, suivant le port qu'aurait préféré le commodore. M le commodore
Sultanoff a répondu au ministre Decrès qu'il se trouvait dans l'impossibilité
de mettre en mer. M de Zach a vu d'abord un officier faisant inquiétude à Trieste,
et, le quatrième jour, il lui a fait signifier de partir, prétextant qu'officier
étranger ne pouvait rester plus de trois jours à Trieste. J'ai cru devoir agir
de représailles, et j'ai prescrit au directeur général de police de ne donner
de permission aux Autrichiens que pour rester trois jours en Italie. J'ai surtout
ordonné la sévère exécution de cet ordre envers les officiers qui, quoique Italiens,
sont encore au service d'Autriche. Il s'en trouve, en ce moment, plusieurs avec
des permissions de deux et trois mois. "