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Eugène à Napoléon,
Milan, le 22 janvier 1809
" Sire, Votre Majesté aura sans doute reçu le rapport des affaires de la division
italienne, depuis son départ de Roses jusqu'à son arrivée à Barcelone. Le général
Pino, en m'envoyant le journal de ses mouvements, y joint le double des nouvelles
décorations ou avancement qu'il donne à Votre Majesté pour le général Saint-Cyr.
Je la prie de me permettre de lui soumettre quelques observations. Votre Majesté
a eu là bonté d'accorder après le siége de Roses, toutes les demandes qui lui
ont été faites : aujourd'hui, on lui en fait de nouvelles. Votre Majesté connaît
le général Pino pour un bon officier et pour l'un de ses plus zélés défenseurs
: mais il est tout à fait hors de mesure, et on ne peut point du tout s'en rapporter
à lui à cet égard. Si Votre Majesté accorde tous les grades demandés, son armée
italienne ne sera bientôt plus que le cadre de 100 00 hommes. Quant à la décoration
de la couronne de fer, Votre Majesté sait parfaitement que le nombre est très
limité. Il reste peu de vacances. Ce qui peut être augmenté sans inconvénient
et fournir les mêmes motifs d'émulation, ce sont les grades inférieurs de caporaux,
sergents, sous-lieutenants, etc. Les décorations resteraient pour les grades
plus élevés. Pour donner une idée à Votre Majesté de la légèreté du général
Pino et de son inconséquence dans ses demandes, je rappellerai qu'après le siége
de Roses il a demandé et obtenu quinze avancements ou décorations pour le 6e
régiment de ligne. Par son dernier rapport, il dit qu'il n'y a pas un seul officier
de ce corps qui soit bon ; qu'excepté le colonel et l'adjudant-major tout est
à renouveler. Je crois plutôt ce dernier rapport que le premier. Comme
Votre Majesté le sait, le 6e a servi à purger les corps des mauvais sujets :
on y a envoyé les déserteurs, les réfractaires, etc., et, sous ce rapport; il
serait peut-être bien de ménager les grâces et les décorations, car il pourrait
arriver qu'un grenadier renvoyé d'un corps aux déserteurs obtînt un honneur
que Votre Majesté réserve au courage et à la conduite. Un tel corps ne peut
guère rester en ligne sans compromettre l'armée italienne, sa véritable place
est la garnison d'une île, ou d'une place telle que Corfou, l'île d'Elbe; la
Corse, etc. Je prie Votre Majesté de ne voir dans mes observations qu'un
zèle ardent pour son service, dont je ne , cesserai de m'occuper. " Je pense
que, si Votre Majesté est dans l'intention de donner des récompenses et des
témoignages de satisfaction à la division italienne, elle pourrait les réduire
suivant le projet que j'ai l'honneur de lui soumettre, joint à la présente.
"