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Eugène
à Napoléon, Milan le 14 février 1809
" Sire, je m' empresse de rendre compte à Votre Majesté que dix Anglais, faits
prisonniers sur la côte d'Istrie, ont été délivrés par un capitaine du bataillon
royal d'Istrie, chargé de leur escorte, lequel s'est rendu à bord des Anglais
avec les prisonniers, trois hommes d'escorte, et deux employés civils de l'administration
à Capo-d'lstria. J'ai ordonné sur le champ la mise en jugement par contumace
de tous ces déserteurs, et j'ai ordonné la surveillance la plus sévère à l'effet
de connaître s'il n'y avait pas des ramifications de ce complot. On a intercepté
des lettres de Trieste prouvant qu'il existe une conspiration. On a arrêté les
personnes auxquelles les lettres étaient adressées; il en résulte que les Anglais
ont des agents à Trieste, qui ont organisé et conduit toutes ces menées. Le
capitaine avait promis aux Anglais de débaucher un grand nombre de ses soldats;
il devait arrêter le général de brigade commandant la province, le préfet; le
commandant de bataillon, qui est Italien, et le peu d'officiers italiens qui
s' y trouvent. Les révoltés devaient brûler les bois de construction abattus,
détruire, autant que possible, le bois de Mantoue, et s' embarquer sur les bâtiments
anglais pour se rendre à Malte, où l'on organise un bataillon italien, et dans
lequel on leur aurait donné à chacun un grade supérieur à celui qu'ils occupent.
Quoique l'exécution d'un pareil projet fut plus difficile que la pensée, Votre
Majesté reconnaît pourtant, par cet exposé, que le bataillon Royal d'Istrie
ne peut rester plus longtemps dans le pays, et que la sûreté de cette province
est compromise. J'y envoie de suite le bataillon du 3e d'infanterie légère italien,
qui est à Palmanova, et je propose à Votre Majesté de faire passer en Dalmatie
le bataillon d'Istrie, ce qui fournira au général Marmont les moyens d'augmenter
la force de ses garnisons. Je n'ai pas besoin de dire à Votre Majesté que j'ai
ordonné toutes les mesures pour repousser les projets de l'ennemi. "